Ne pas confondre

Safran ou curcuma : deux épices que tout oppose

On lit parfois que le curcuma serait « le safran du pauvre ». La formule est jolie et complètement fausse : ce sont deux plantes différentes, deux organes différents, deux goûts différents. La confusion ne sert qu’à une chose — vendre l’un pour l’autre.

Ce qui les sépare
 SafranCurcuma
PlanteCrocus sativus, une fleurCurcuma longa, une plante à rhizome
Partie utiliséeLes trois stigmates de la fleurLe rhizome, séché et broyé
AspectFilaments rouge sombre, évasés en trompettePoudre jaune orangé, ou racine entière
GoûtAmer, floral, légèrement iodéTerreux, poivré, légèrement piquant
Couleur donnéeJaune d’or lumineux, après infusionJaune vif opaque, immédiat
RécolteManuelle, quelques semaines par anMécanisable, plusieurs récoltes possibles
Ordre de prix au kiloPlusieurs milliers de francsQuelques francs

Pourquoi la confusion est entretenue

Le rapport de prix entre les deux épices est de l’ordre de mille pour un. Remplacer discrètement une partie du safran par du curcuma, du carthame ou du paprika est donc l’une des fraudes alimentaires les plus rentables qui soient.

Elle passe d’autant mieux que le produit est vendu en poudre : une fois broyé, plus rien ne distingue visuellement un mélange d’un safran pur. C’est la raison pour laquelle nous ne vendons que des filaments entiers.

Le carthame, le vrai faux safran

Plus encore que le curcuma, c’est le carthame — parfois appelé « safran bâtard » ou « safran des teinturiers » — qui sert à tromper. Ses pétales séchés ressemblent de loin à des filaments, mais ils sont plats, uniformes, dépourvus d’évasement en trompette, et ils ne donnent presque rien en bouche.

Le test de l’eau froide les démasque : le carthame perd sa couleur d’un coup et le brin blanchit, là où un vrai stigmate libère sa couleur lentement tout en gardant son rouge.

Peut-on remplacer l’un par l’autre en cuisine ?

Pour la couleur seule, oui : une pincée de curcuma jaunit un riz aussi efficacement. Pour le goût, non. Un risotto au curcuma est un plat correct, mais ce n’est pas un risotto au safran : il lui manque l’amertume florale et la longueur en bouche, et il gagne une note terreuse que le safran n’a pas.

Autrement dit, le curcuma est une bonne épice. Il n’est simplement pas un substitut.

Vérifier en trente secondes

  • La forme : un stigmate de safran s’évase en trompette à une extrémité.
  • L’eau froide : coloration lente et dorée pour le safran, immédiate et trouble pour un colorant.
  • Le filament : il doit rester rouge après trempage, pas blanchir.
  • Le goût : amer. Jamais sucré.

Les sept vérifications complètes